Guenrich Altshuller père de TRIZ, l’explorateur d’idées.

Capture d’écran 2015-02-02 à 21.42.00Ce qui suit est une interview fictive.

Monsieur Altshuller, qui êtes-vous ?
Je suis un ingénieur-inventeur russe. J’ai consacré beaucoup de temps à inventer. Puis j’ai compris que ma mission était d’aider les autres à le faire. J’ai mis au point pour cela la méthode TRIZ. C’était juste après la seconde guerre mondiale.

TRIZ est un nom étonnamment moderne qui sonne comme un produit marketing, cela veut dire quoi ?
C’est un acronyme russe (1) qui signifie théorie de résolution des problèmes inventifs.

Pourquoi vous êtes vous lancé dans l’élaboration de la méthode TRIZ ?
Tout simplement parce que rien d’équivalent n’existait. Au milieu du XX ème siècle il semblait définitivement admis que toute invention procédait d’un éclair de génie fruit en grande partie du hasard. Partant de ce postulat, on a imaginé des techniques de plus en plus sophistiquées pour provoquer des hasards heureux : technique de recherche d’idées, de questionnement, jusqu’au fameux brainstorming…

Pourquoi dites-vous « fameux » brainstorming ?
Parce que l’on considère – à tort – le brainstorming comme la panacée.
Comme s’il suffisait de se remuer les méninges en groupe pour résoudre tous les problèmes !
Certes, le brainstorming donne des résultats. Mais le plus souvent il s’agit de solutions pertinentes qui résultent avant tout de l’échange entre experts ou personnes expérimentées… mais pas de vraies innovations de rupture. Il est très exceptionnel que des idées de génie émergent dans une séance de brainstorming tout simplement parce qu’elles sont la conséquence d’une situation imprévue et imprévisible.
Les experts savent pertinemment que les conditions de succès d’un brainstorming reposent sur la grandes variétés des compétences des participants et sur l’absence d’inhibition dans leurs échanges.
Mais comment être sûr que toutes les compétences nécessaires sont réunies ?
Comment savoir que la personne qui pourrait être à l’origine du déclic créateur s’exprimera au moment opportun ?
Pour moi il y a trop de paramètres aléatoires à maitriser pour arriver au jaillissement de l’idée.
J’ai donc cherché une méthode plus rationnelle pour aider à l’exploration de véritables pistes d’invention.

Comment avez-vous procédé ?
J’ai étudié des centaines et des centaines de brevets d’invention russes pour analyser leurs points communs. Cela m’a pris beaucoup de temps. Cela m’a aussi rendu très suspect aux yeux des autorités staliniennes au point d’écoper de 25 années de goulag !
Autant d’années que j’ai mises à profit pour affiner ma méthode en mettant en évidence trois observations majeures qui sont devenues les principes de TRIZ.
Le premier principe est certainement le plus important. Il pose le postulat que toute invention naît de la confrontation avec une contradiction.

Vous voulez dire que la contradiction stimule l’invention ?
Oui, c’est bien ça. Trouver la réponse appropriée à un nouveau problème peut être long et compliqué mais rarement impossible… sauf si l’on doit atteindre des objectifs notoirement contradictoires. Là on s’aperçoit vite que les solutions traditionnelles ne fonctionnent plus car toute tentative de se rapprocher de l’un des objectifs nous éloigne de l’autre, et toute amélioration d’un côté se traduit par une dégradation de l’autre.
En générale on se contente soit de sacrifier l’un des objectifs soit de trouver une solution de compromis qui ménage la chèvre et le chou … et du même coup on passe à côté d’une opportunité de trouver une solution innovante qui «sorte du cadre».
Ma méthode consiste justement à identifier ces contradictions pour explorer des pistes inconnues.
L’étude des inventions passées m’a permis de recenser les contractions physiques récurrentes et les types de solutions génériques correspondants. La matrice qui en résulte sert de guide, d’explorateur d’idées, pour les nouveaux problèmes.

Quels sont les deux autres principes ?
Le second principe est que les inventions ont tendance à s’inscrire dans une même logique d’évolution, de la même manière que l’évolution des produits suivent une même direction.
Connaître la loi d’évolution des produits permet de cerner des solutions spécifiques qui seront plus faciles à concrétiser car l’état de la science et de la technologie y aideront.

Vous dites avoir documenté des solutions génériques dans une matrice et maintenant vous parler de solutions spécifiques…
Très bonne remarque. TRIZ est un explorateur d’idées. Pas un générateur d’idées nouvelles et encore moins de solutions toutes faîtes. Cela introduit le troisième grand principe de TRIZ : une invention ne peut pas être une solutions générique, mais toujours une réponse spécifique à un problème particuliers dans un environnement bien défini.
C’est pour cela que la méthode TRIZ préconise d’identifier la contraction puis de rechercher dans la matrice TRIZ la contraction générique dont elle dépend et les solutions génériques généralement utilisées qui en découlent. Mais après il faut concrétiser une solution spécifique au problème particulier à traiter.

Monsieur Altshuller, nous avons compris que TRIZ a été développé pour aider à l’éclosion d’inventions techniques et physiques, mais pensez vous que votre concept puisse être utilisé dans d’autres domaines où des contradictions auraient bien besoin de trouver des solutions : dans les relations humaines, les directions politiques, les questions d’éthiques .. par exemple  ?
Je suis un ingénieur et mon étude s’est limitée à mon domaine de compétences. Bien sûr je serai ravi de pouvoir vous répondre de façon très optimiste et vous prédire un bel avenir de TRIZ dans d’autres domaines que le mien. Mais paradoxalement il y a toujours eu un fossé entre les sciences physiques et le sciences humaines.
Je ne sais pas ce que le siècle futur (2) nous réserve mais j’espère que l’humanité mobilisera toute son intelligence et toute son énergie pour trouver des voies de progrès dans le respect des valeurs fondamentales des hommes. Si la méthode TRIZ peut inspirer de nouveaux outils pour contribuer à l’évolution positive de l’humanité, je serai un inventeur comblé.

Monsieur Altshuller, merci.

(1) Teorija Reshenija Izobretateliskih Zadatch

(2) référence au XXIème siècle que Guenrich Altshuller n’a pas connu puisqu’il est décédé en 1998.

Références que je vous invite à consulter :

http://www.psynapses.com/Rencontres/2006-05-23/article%20TRIZ%20Qualité%202005.pdf
http://www.cs.uml.edu/~grinstei/91.530/TRIZ/Genrich%20Altshuller.pdf
https://trizexperience.wordpress.com/2011/03/24/les-trois-postulats-de-triz/
http://www.si.ens-cachan.fr/accueil_V2.php?page=affiche_ressource&id=22
http://www.altshuller.ru/world/eng/interview3000.asp

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