Problématique façon puzzle ou mikado ?

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Un problème complexe, une situation compliquée. Quand on utilise les deux adjectifs on ne se pose pas la question sur leur signification exacte. L’un pouvant se substituer à l’autre sans que cela modifie le sens du propos. Enfin c’est ce qui semble en apparence. On peut alors se demander pourquoi avoir deux termes pour exprimer la même chose ? Je vous propose de s’interroger un instant sur la nuance entre les deux. Puis nous verrons l’importance que cela peut avoir pour aborder la résolution d’un problème.

English version           

Compliqué/complexe : les dictionnaires ajoutent à la confusion.

Les dictionnaires ordinaires sont de peu de secours dans les définitions de compliqué et complexe. Ils qualifient allégrement compliqué de synonyme de complexe et inversement. Ils vont même jusqu’à dresser la même liste des synonymes pour les deux termes.

Il faut aller chercher les antonymes, pour commencer à entrevoir la différence entre les deux. Les antonymes de compliqué sont : aisé, facile, simple… et ceux de complexe : élémentaire, sommaire, clair.

Mais comme bien souvent une analogie permet de mieux faire comprendre les nuances de sens. La plus classique est d’opposer la machine, dont la structure est compliquée, à un organisme vivant dont le mode de fonctionnement est complexe.

Pour ma part je préfère comparer puzzle et mikado pour illustrer la différence de signification entre compliqué et complexe.

Façon puzzle ou mikado ?

Les pièces d’un puzzle sont nombreuses, dissemblables et ont un emplacement unique dans la composition de l’image.

On procède en général de façon très logique et rigoureuse pour reconstituer l’image : analyse des pièces, classements en catégorie (coins, couleurs…), essai de positionnement…

Au besoin on peut s’aider d’un modèle de l’image pour placer les pièces au bon endroit (ce que s’interdisent les vrais amateurs de puzzle !).

Il est aussi intéressant d’observer que l’on peut construire, déconstruire et reconstruire le puzzle indéfiniment. Le résultat final sera toujours celui attendu.

Pour le mikado il en va autrement. Il y a aussi de nombreuse baguettes dans le jeu mais une fois lancées elles constituent une ensemble complexe. Impossible de savoir comment elles tiennent vraiment ensemble, ni anticiper ce qui risque de se produire si l’on bouge l’une d’entre elles. C’est d’ailleurs tout le principe du jeu.
Il faut observer l’ensemble puis essayer un déplacement. Après chaque tentative malheureuse les baguettes retrouvent d’elles-mêmes un nouvel équilibre au moins aussi complexe, sinon plus, que le précédent.
Par ailleurs il est quasiment impossible de reproduire la même configuration de jeu. 

A quoi sert de bien comprendre cette différence de signification ?

Outre la satisfaction d’employer un terme correct, bien qualifier une problématique peut vous faire gagner un temps précieux. Savoir si l’on à faire à une problématique compliquée ou complexe va être déterminant dans l’adoption d’un mode de raisonnement et d’une méthode d’analyse.

Face à un ensemble compliqué on sait d’avance qu’avec un peu de patience, d’esprit d’analyse et de méthode on arrivera à comprendre les rouages de l’ensemble. On peut commencer immédiatement à dérouler les méthodes bien connues d’analyse et décortiquer l’ensemble en sous-ensembles compréhensibles selon l’adage :

« Comment manger un éléphant ? Bouchée après bouchée !»

On applique un processus de compréhension progressif qui repose sur l’observation et la caractérisation de chaque pièce et la définition de sa fonction exacte dans l’ensemble.

Au contraire face à une problématique complexe, rien de sert de se lancer tête baissée dans l’analyse de chaque élément : on sait que ce n’est pas la méthode appropriée. Il vaut mieux commencer par s’intéresser aux interactions des éléments les uns par rapport aux autres tout en gardant une vision globale de l’ensemble.

Ce ne sont pas les éléments eux-mêmes, ni leur fonction individuelle, qui importent mais leur faculté d’inter-action et de d’adaptation rapide aux sollicitations extérieures.

Pour être efficace il faut faire preuve d’humilité et accepter que notre compréhension restera partielle quoi que l’on fasse. Par contre il faut mettre en éveil tous ces sens pour capter les moindres indices qui nous permettront de mieux cerner le problème. Il faut abandonner un raisonnement logique, faire confiance à son intuition, émettre des hypothèses et les expérimenter.

Si l’on trouve une solution qui marche, il faut s’en contenter et ne pas perdre de temps à chercher à savoir pourquoi.

Si la dichotomie entre compliqué et complexe est nécessaire pour ma démonstration, la réalité est moins tranchée. Bien souvent un problème est à la fois compliqué et complexe. Une sorte de Yin et de Yang de la difficulté ! Cependant utiliser le prisme puzzle/mikado pour les résoudre peut ouvrir l’esprit sur des approches intéressantes. Bonne pratique !

    

 

 

 

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2 réflexions sur “Problématique façon puzzle ou mikado ?

  1. Pingback: Issue like puzzle or jackstraw ? | The life is wide

  2. Extrait de La Voie d’Edgar Morin :  » La société est complexe au sens du mot latin « complexus » qui signifie « ce qui est tissé ensemble » ….Parler de complexe signifie que nous devons toujours considérer les données particulières en relation avec l’ensemble dont elles font partie, et de même toujours considérer l’ensemble en relation avec les parties. »

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