Powerpoint nous rend-il stupides… ou à mauvais ouvrier, point de bons outils ?

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C’est une évidence : Powerpoint est devenu incontournable dans l’entreprise relayant le plus souvent aux oubliettes les bons vieux rapports bien construits … et interminables à lire !

Avec cette notoriété planétaire – certains diront cette hégémonie de Microsoft tant il est vraiment que les rares concurrents (Prezi par exemple) ont bien du mal à se rendre visibles – viennent les critiques acerbes.

Powerpoint nous rend-il stupides ?

Dès 2010, le chef des Marines américaines – James N. Mattis – n’hésitait pas à déclarer : « Powerpoint nous rend stupides »

Une assertion reprise avec humour, ou par provocation, par Frank Frommer pour le titre de son livre : « La pensée PowerPoint : enquête sur ce logiciel qui rend stupide ».

On reproche en vrac à Powerpoint d’imposer un cadre trop contraignant avec des titres trop courts, des listes d’arguments trop restreintes, des formats standardisés et limités. Plus grave Powerpoint favoriserait les présentations spectacle, une approche bling-bling de la transmission d’idées à grand renfort de dessins, animations, couleurs.. au détriment des argumentations bien ordonnancées.

Powerpoint inciterait les utilisateurs à privilégier la forme au fond et priverait les lecteurs de leur sens critique hypnotisés par les diapositives dans un salle de réunion obscurcie !

Pour les nouveaux détracteurs de Powerpoint, Microsoft aurait introduit une nouvelle forme de pensée unique : « la pensée .ppt ». Une pensée jugée nocive pour nos organisations.

Pas totalement faux… mais faux quant même. Revenons un peu en arrière pour éclairer cette évolution.

L’avant Powerpoint : le temps des bazookas.

Je ne voudrais pas jouer le vétérans mais avant les années 80 nous faisions déjà des présentations dans les entreprises.

Faute d’outil informatique pour accompagner une présentation orale, nous utilisions de grandes feuilles de papier, quadrillées ou non, et une palette de feutres de couleur. La faute d’orthographe et l’erreur de tracé se payait cash et conduisait le plus souvent à recommencer le « chart ». Une fois terminé il fallait enrouler les « charts » et les placer dans un grand tube en carton pour le transporter par le train jusqu’à Paris ou ailleurs. Par dérision et analogie de forme nous appelions ce tube en carton le bazooka.

Il est fort à parier que dans le climat sécuritaire actuel nous serions contrôlés tous les cent pas avec cet attirail suspect dans les trains et métro parisien !

Puis est venu le temps des rétroprojecteurs et des supports transparents. Bien moins encombrants mais l’élaboration de la « slide » reposait sur les mêmes principes.

Il fallait bien maîtriser les techniques de présentation pour accrocher son auditoire et faire passer ses messages. Nous appliquions volontiers la maxime de Napoléon Bonaparte «  un croquis vaut mieux qu’un long discours » et les schémas prenaient une place prépondérante dans la présentation. Il est vrai aussi que la présentation se suffisait rarement à elle-même et était souvent accompagnée d’un rapport plus traditionnel et plus étoffé que l’on n’omettait pas de distribuer à l’issue de la réunion. Et tout le monde semblait content.

« A mauvais ouvrier, point de bons outils »

Puis Powerpoint est arrivé avec sa palette de fonctionnalités techniques pour élaborer toute sorte de présentations. Nous avons succombé à la puissance de l’outil et Powerpoint s’est progressivement imposé non seulement en support des présentations orales mais aussi pour établir des compte-rendus et faire prendre des décisions. Powerpoint est un outil puissant certes… mais ce n’est seulement qu’un outil. Et s’il y a de bonnes raisons de critiquer certaines utilisations de  Powerpoint, il ne faut pas nous égarer et blâmer l’outil plutôt que le main qui le tient.

Trop souvent on utilise mal PowerPoint et ce n’est pas seulement dû à la maîtrise de ses fonctionnalités.

On peut très bien se contenter de n’utiliser que des listes basiques avec les puces (« Bullets ») et faire d’excellentes présentations rapides et synthétiques. Cela oblige bien entendu à faire un effort de concision et de recherche des mots justes pour exprimer ses idées. Certains y verront une contrainte, d’autres une incitation salutaire à rester synthétique si l’on veut être compris.

On peut aussi aller plus loin et ajouter des illustrations (photo, animation..) et produire des présentations attrayantes… sans pour autant tomber dans le show qui est reproché à Powerpoint.

Vous l’avez compris tout est dans la pertinence du message que l’on veut faire passer et non dans sa forme.

Mais certainement l’usage le moins fréquent mais le plus intéressant, est de se servir de Powerpoint comme un outil d’aide à la réflexion.
En effet les options pour construire des schémas permettent de donner une description visuelle globale des concepts et des idées. En ce sens l’outil favorise une approche apparentée à ce que les spécialistes appellent les schémas heuristiques ; des schémas qui au-delà de la simple présentation sont propices, pendant leur construction, à l’identification d’idées nouvelles et à la mise en évidence des liens entre elles.

De ce point de vue un rapport construit avec Powerpoint est différent d’un rapport écrit avec un outil de traitement de texte. Ce n’est pas seulement dû à l’outil mais au cheminement de raisonnement de l’utilisateur qui est fondamentalement différent.
Powerpoint permet de s’affranchir du mode de raisonnement linéaire traditionnel, qui se lit de haut en bas, pour une vision éclatée dans laquelle les idées s’organisent dans l’espace.

C’est là que se situe le risque d’incompréhension en particuliers pour des prises de décisions importantes. Car l’erreur serait de considérer ce mode de raisonnement comme universel. Or tous les décideurs n’y sont pas forcément sensibles et préfèrent un bon vieux rapport plus déductif pour prendre une décision… non stupide. D’où l’importance de combiner les deux formes de présentation : Powerpoint et rapport écrit.

A l’heure de la clé USB il n’est plus question de revenir au temps des bazookas. Pour autant il ne faut pas considérer Powerpoint comme la panacée. Ce n’est qu’un outil très utile mais la pensée et son expression reste et restera toujours, quel que soit l’outil de présentation, l’apanage de l’être humain.

Sites de référence :

http://www.blog-emploi.com/powerpoint-un-logiciel-qui-rend-stupide/

http://www.slate.fr/lien/28705/tyrannie-powerpoint

http://coacheloquence.com/je-craque-13-bonnes-raisons-de-laisser-tomber-powerpoint/

http://www.lexpress.fr/emploi/powerpoint-nous-rend-il-stupide_931359.html

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2 réflexions sur “Powerpoint nous rend-il stupides… ou à mauvais ouvrier, point de bons outils ?

  1. Bien écrit, avec juste une pointe d’humour (sel) et suffisamment clair sans hermétisme linguistique. Merci.

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